Janvier 2004 : sortie de "Le sourire de Mona Lisa" |
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Qu'est-ce qui vous a plu dans "Le sourire de Mona Lisa" ? |
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Le conflit immédiat que déclenche l'arrivée de mon personnage ! Katherine Watson est un esprit libre et bohème de Californie, qui débarque dans un établissement conservateur de Nouvelle-Angleterre, où le vrai succès des étudiantes est déterminé par la réussite de leur futur mariage. Avec ce film, je trouvais intéressant de rappeler ce qu'ont vécu nos mères et nos grands-mères avant le Mouvement de libération de la femme. En même temps, Katherine manque, elle aussi, de certitudes. Elle prend tout autant qu'elle donne à ses élèves. J'ai aimé le fait que tous les personnages aient des failles et que l'intrigue tourne autour de l'art moderne. Pour moi, la peinture est le talent le plus précieux qui soit, et rendre hommage à l'art était un privilège. | |||||
Le film s'appelait au départ "Mona Lisa" ; c'est vous qui l'avez modifié en "Sourire de Mona Lisa". Quelque chose à voir avec votre propre et légendaire sourire, sur lequel, d'ailleurs, le film se termine ? | |||||
(Rires.) Non, pas du tout ! Le film montre les dessous de l'Amérique des années 50, où tout semblait trompeusement idyllique. Le scénario symbolise ce contexte par le tableau de la Joconde, avec son sourire si énigmatique, derrière lequel ne se cache pas forcément le bonheur... | |||||
Avez-vous développé ce film dès son projet ? | |||||
Ce sont les scénaristes Lawrence Konner et Mark Rosenthal qui ont apporté l'idée à ma maison de production. Elle leur avait été inspirée par un article sur les études de Hillary Clinton dans les années 60 à Wellesley, l'université de Nouvelle-Angleterre où nous avons d'ailleurs tourné. Dans les années 60, cet établissement avait déjà été modernisé, mais Lawrence Konner et Mark Rosenthal se sont demandé quelle avait été la vie à Wellesley une génération plus tôt, avant le raz de marée féministe. Pour ma part, j'ai signé quand Mike Newell a accepté de réaliser le film. | |||||
Pourquoi lui ? | |||||
Je suis une fan de 4 mariages et 1 enterrement et d'Avril enchanté. Mike sait apporter de la profondeur et un peu d'amertume au genre romantique. Je rêvais de travailler sous sa direction. C'est un grand nounours anglais, qui vient avec du vin sur le plateau, et sait particulièrement bien répondre aux demandes des actrices. | |||||
Avez-vous choisi les actrices qui jouent vos élèves ? | |||||
C'est le choix de Mike Newell ! Kirsten Dunst, Maggie Gyllenhaal, Julia Stiles, Ginnifer Goodwin..., elles m'ont toutes épatée. Nous avons passé beaucoup de temps ensemble, puisque nous avions des cours de danse et de maintien quotidiens. Immédiatement, mes « poussins » ont vu qu'il n'y avait aucune raison d'être intimidées par moi, alors qu'elles m'ont avoué l'avoir été au départ. | |||||
Qu'est-ce que cela vous faisait d'être l'actrice plus âgée, prenant les petites nouvelles sous son aile ? | |||||
C'est très libérateur, la pression ne reposait pas que sur moi. J'ai surtout été frappée par le savoir, le sérieux et la sophistication de ces filles de 20 ans. Je n'étais pas du tout comme ç a à leur âge. J'étais beaucoup plus immature. Je m'habillais n'importe comment, j'étais tout feu tout flamme et toujours en demande. Aucune comparaison ! Ces jeunes actrices sont posées, concentrées, conscientes de leur valeur et elles ont raison de l'être. | |||||
Avez-vous eu dans votre vie une personne qui vous a inspirée ? | |||||
Toutes les rencontres m'inspirent. Kirsten, Julia, Maggie... m'ont inspirée. L'enthousiasme, la drôlerie et la joie de vivre de Marcia Gay Harden, avec laquelle j'avais copiné l'année où nous étions toutes deux nommées aux Oscars, m'ont inspirée. Un livre, un disque peuvent aussi m'inspirer. | |||||
Avant d'être actrice, vous vouliez devenir institutrice... | |||||
J'ai eu trois très bons profs d'anglais. À travers eux, j'ai réalisé qu'enseigner la littérature était proche du métier de comédien ; c'est pour ça que j'ai, un temps, envisagé de me diriger dans cette voie. Dans les deux cas, vous « racontez des histoires » et vous devez capter l'attention d'un public. Mes parents étaient eux-mêmes enseignants. Avant leur divorce, dans les années 60, ils avaient créé un atelier pour acteurs à Atlanta. C'est là où j'ai attrapé le virus [tout comme sa sur Lisa et son frère Eric, avec lequel elle n'a plus de rapports]. Ma mère m'a poussé à devenir comédienne. | |||||
À la sortie de "Mary Reilly", on vous a reproché d'être trop « moderne » pour faire un film d'époque. Plonger dans les années 50, c'était risqué ? | |||||
Il ne fallait surtout pas que l'on sente la reconstitution. Et puis l'intrigue permet de laisser transparaître une certaine modernité, qui me convenait parfaitement. | |||||
Julia Stiles dit avoir été émerveillée par votre aptitude à rester fraîche d'une prise à l'autre. La fraîcheur, la spontanéité sont d'ailleurs vos atouts clés, une partie de ce qui crée votre magie à l'écran. Comment fait-on pour garder cette qualité ? | |||||
D'abord, je vais donner 10 dollars à Julia Stiles. (Rires.) On m'a souvent demandé ce qui me rend attirante à l'écran, et j'ai toujours répondu que je ne savais pas, et ne voulais pas le savoir. Si je deviens trop consciente de cette « magie », comme vous dites, je vais devenir mauvaise. De la même façon, même si je me prépare comme tous les acteurs, je n'aime pas décortiquer la façon dont j'aborde mon travail, et ce, justement, pour préserver cette fameuse fraîcheur. | |||||
Êtes-vous prisonnière de votre image de « reine de la comédie romantique » et du fait que le public vous attend dans un certain type de films ? | |||||
Vous savez, on ne fait pas de films pour répondre à des attentes spécifiques. Je ne m'attarde pas non plus sur les chiffres du box-office. Bien sûr, je suis triste si un film déçoit, mais je considère avant tout chaque film comme une nouvelle expérience et j'essaie de faire en sorte qu'elle soit le plus enrichissante possible. | |||||
La presse vous a longtemps qualifiée de « petite fiancée de l'Amérique », avant de coller cette étiquette à Reese Whitherspoon... | |||||
Je n'entre pas dans ces considérations. Au début de la carrière de Sandra Bullock, cette même presse voulait en faire ma rivale, alors que je me félicite de l'ascension de mes collègues. Et puis, il y a toujours eu une nouvelle « petite fiancée de l'Amérique ». | |||||
Vous avez été la première actrice à être autant payée que les hommes et, pourtant, le sexisme est toujours florissant à Hollywood, où les bons rôles féminins se font rares. | |||||
Toute ma carrière, j'ai lutté contre cet état de fait. C'est aux femmes d'êtres fortes et de se créer des occasions favorables. Je suis là où je suis parce que je ne me suis jamais laissée faire. J'ai créé ma maison de production dans ce but. Par exemple, j'ai produit Coup de foudre à Manhattan, qui offrait un beau rôle à Jennifer Lopez. | |||||
Vous avez tout pouvoir ? | |||||
C'est un mot risible et dangereux. Pour moi, le pouvoir est d'être en un seul morceau après toutes ces années. | |||||
Mais les meilleurs scénarios vous sont proposés en priorité... | |||||
Je fais ce qui me plaît, c'est vrai. Mais j'en suis devenue plus exigeante. Mon pouvoir, c'est aussi, après des années à être restée vigilante et à travailler non-stop, celui de me détendre enfin. | |||||
Est-ce pour cela qu'après votre Oscar, vous vous êtes contentée de petits rôles ? | |||||
Il n'y a pas relation aussi évidente entre l'Oscar et cet assoupissement de ma carrière. Tout comme ma « retraite » n'est pas la conséquence directe de mon mariage. Non, je veux simplement prendre mon temps et du bon temps | |||||
Quels souvenirs gardez-vous de "Full Frontal" et de "Confessions d'un homme dangereux" ? | |||||
Je n'ai eu qu'une semaine de tournage sur Full Frontal : travailler avec des amis, sans moyens et dans une formidable complicité était un vrai bonheur. Pour Confessions, c'était drôle d'avoir mon ami George Clooney comme boss ! | |||||
Vous avez travaillé plusieurs fois avec votre mari, Danny Moder. Il faisait aussi partie de l'équipe sur "Le sourire de Mona Lisa". Quel effet cela fait-il de jouer devant son époux qui tient la caméra ? | |||||
Un peu bizarre... Notre collaboration est positive. Il met en lumière certains aspects de ma personnalité, en bien ou en mal, dont je n'avais pas conscience jusque-là. Il rationalise aussi l'aspect dérisoire de ce métier. Il m'a rendue meilleure. | |||||
Après toutes ces années, avez-vous enfin apprivoisé la célébrité ? | |||||
Je suis exactement là où j'ai envie d'être dans ma vie et ma carrière. C'est une chance incroyable et j'en suis terriblement reconnaissante. La célébrité est une entité indépendante de mes choix, sur laquelle je n'ai aucun contrôle, je m'y suis résignée... | |||||
Allez-vous retravailler prochainement ? | |||||
Si je ralentis encore, je vais me retrouver au point mort ! (Rires.) Je n'ai rien tourné depuis Le sourire... Mais j'ai produit un documentaire, Old Friends, sur l'amitié de trois femmes, qui ont aujourd'hui 95, 102 et 103 ans et qui dure depuis de longues années. Je vais reprendre mon rôle dans Ocean's Twelve. Et je serai photographe dans Closer de Mike Nichols, avec Jude Law, Natalie Portman et Clive Owen... | |||||
Éprouvez-vous le même plaisir de tourner qu'à vos débuts ? | |||||
Oui ! Faire des films me fascine toujours. J'aime arriver au petit matin sans maquillage et me retrouver ensuite sous les feux des projecteurs, communiquer avec l'équipe, jouer avec mes partenaires. Je ne dis pas que je suis tout le temps facile sur un plateau, mais je pense avoir gardé la même spontanéité, le même enthousiasme qu'à mes débuts. Je n'ai pas changé, c'est la perception des gens sur moi qui a évolué. | |||||
Quels souvenirs gardez-vous de la nuit où vous avez reçu votre Oscar ? | |||||
Incroyable ! Tous les grands acteurs étaient là ; j'étais engoncée dans une robe que j'avais choisie en oubliant qu'il me faudrait marcher avec ; je ne comprenais rien de ce qui m'arrivait ; j'ai oublié de remercier plein de gens importants, comme la vraie Erin Brockovich ! Je n'étais pas du tout préparée à cet Oscar ; j'étais tellement persuadée qu'Ellen Burstyn allait l'emporter. Je n'oublierais jamais cette nuit. | |||||